drapeau français english flag
logo catalogue Bazille
Frédéric Bazille
1841-1870

Le catalogue raisonné numérique

par Michel Schulman
© Musée Fabre, Montpellier Méditerranée Métropole / photographie Frédéric Jaulmes

Nature morte au héron

1867
Huile sur toile
98 x 78 cm - 38 9/16 x 30 11/16 in.
Signé et daté en bas à gauche : F. Bazille 1867
Montpellier, Musée Fabre, France - Inv. 898.5.2
Dernière mise à jour : 03-04-2022
Référence : MSb-38

Historique

Emporté par Gaston Bazille à Montpellier en décembre 1868 - Don de Mme Gaston Bazille au musée Fabre en 1898 [Sous le titre Nature morte, gibier].

Expositions

Montpellier, Exposition internationale, 1927, Rétrospective Bazille, n° 9 - Paris, musée de l’Orangerie, 1939, Chefs d’œuvre du musée de Montpellier, n° 4 - Berne, Kunsthalle, 1939, Meisterwerke des Museums in Montpellier, n° 3 - Montpellier, musée Fabre, 1941, n° 24 - Paris, galerie Wildenstein, 1950, n° 38 (repr.) - Rotterdam, musée Boymans-van-Beuningen, 1954, Vier Eeuwen stilleven in Frankrijk, n° 96 - Montpellier, musée Fabre, 1959, n° 25 - Montpellier, musée Fabre, 1970-1971, Hommage à Frédéric Bazille [s.n.] - Bordeaux, musée des Beaux-Arts, 1974, Naissance de l’impressionnisme, n° 85, repr. p. 122 - Chicago, The Art Institute of Chicago, 1978, n° 24, repr. coul. p. 6 et p. 66 - Bordeaux, musée des Beaux-Arts, 1991-1992, Trophées de Chasse, n° 46 (repr.) - Montpellier, musée Fabre, 1991-1992, fig. 17, p. 19  - Jourdan, Catalogue exp. Montpellier, New York, 1992-1993, n° 14, repr. p. 96 - Paris, New York, 1994-1995, Impressionnisme. Les origines 1859-1874,  n° 8, pp. 332-333, repr. pl. 217 - Montpellier, musée Fabre, 2001 [s.n.] - Canberra, National Gallery of Australia, 2003-2004, n° 79 - Paris, musée Marmottan Monet, 2003-2004, [n.n.], repr. p. 64 - Montpellier, Paris, Washington, 2016-2017, cat. 43, repr. p. 241  et p. 97 [Les références sont du catalogue en français].

Bibliographie

Joubin, Catalogue des peintures, sculptures du musée Fabre, Montpellier, 1926, n° 360, p. 114 - Poulain, Bazille et ses amis, 1932, n° 26, pp. 102-104, 216 - Gillet, Le Trésor des musées de province, 1935, p. 241 - Descossy, Sur 20 tableaux du musée Fabre, 1938, p. 91 - Joubin, Beaux-Arts, 24 mars 1939 - Goulinat, Le dessin, mars 1939, p. 454 - Sjôberg, La Revue des jeunes, 10 avril 1941, n° 24 - Poulain, Itinéraires, nov. 1942, p. 27 - Guérif, A la recherche d'une esthétique protestante, 1943, p. 32 - Claparède, Languedoc d'hier et d'aujourd'hui, 1947, p. 237 - Prinçay, Cahiers du sud, 1947, p. 869 - Sarraute, Catalogue de l'œuvre de Frédéric Bazille, 1948, n° 27, pp. 63-64 - Claparède, Réforme, 24 juin 1950 - Wildenstein, Arts, 9 juin 1950, p. 8 (repr.) - Sarraute, Catalogue exp. galerie Wildenstein, 1950, n° 38 - Lacôte, Arts de France, oct. 1950, pp. 44-46 - Daulte, Bazille et son temps, 1952, n° 32, p. 179 (repr.) - Daulte, L'Oeil, fév. 1957, p. 48 (repr.) - Claparède, Catalogue du musée Fabre, 1965 [Dactylographié - Non publié] - Daulte, Connaissance des Arts, déc. 1970, p. 90 - Rewald, Histoire de l'Impressionnisme, 1971, n° 118, repr. p. 228 - Rewald,  Histoire de l'Impressionnisme, 1973, p. 182 - Rewald, Histoire de l'Impressionnisme, 1976, repr. p. 228, pl. 118 - Daulte, L'Oeil, avril 1978, n° 12, repr. p. 43 - Marandel, Catalogue exp. The Art Institute of Chicago, 1978, n° 24, repr. p. 66 -  Schulze, Art in America, sept. oct. 1978, n° 5 - Gache-Patin, Lassaigne, Sisley, 1983, n° 69, p. 158 (repr.) - Catalogue exp. Paris, Grand Palais, 1985, Renoir, fig. 13, repr. p. 72 - Bajou, Chefs d'œuvre de la peinture, 1988, p. 182, repr. p. 183 - Daulte, Frédéric Bazille : Catalogue raisonné de l'œuvre peint, 1992, repr. coul. p. 52 et p. 168, n° 35 [Réédition de 1952 avec photos en couleur] - Jourdan, Catalogue exp. Montpellier, New York, 1992-1993, n° 14, pp. 96-97, repr. p. 97 - Bajou, Frédéric Bazille, 1993, p. 122 (repr.) - Bonafoux, Bazille : les plaisirs et les jours, 1994, p. 24 - Schulman, Frédéric Bazille : Catalogue raisonné, 1995, n° 38, repr. p. 167 - Pitman, Catalogue exp. Atlanta, High Museum, 1999, fig. 20, repr. p. 48, pp. 48-51 - Hilaire, Jones, Perrin, Catalogue exp. Montpellier, Paris, Washington, 2016-2017, cat. 43, repr. p. 241 et p. 97 [Les références sont du catalogue en français] - Schulman, Frédéric Bazille : Catalogue raisonné numérique, 2022, n° 38.

Parmi ses rares natures mortes d’animaux, la Nature morte au héron est, avec la Nature morte aux poissons, la plus importante que Bazille ait faite, d’un point de vue non seulement artistique mais aussi historique, puisqu’elle fut l’occasion d’un autre tableau, réalisé cette fois par Renoir, le Portrait de Bazille.

La Nature morte au héron fut peint au début de 1868. Vers le 20 janvier, Bazille annonce en effet à ses parents qu’il a « fait depuis deux jours deux grandes natures mortes » dont il n’est d’ailleurs pas très content. « Cependant il y en a une avec un grand héron gris et des geais, qui n’est pas mal, et que j’enverrai aux Teulon, si celle que je finis en ce moment n’est pas meilleure ». Cette dernière est le Vase de fleurs sur une console.

Dans ce grand tableau en hauteur, Bazille a peint un héron pendu par les pattes à une ficelle, la tête vers le bas et les ailes déployées reposant sur une nappe blanche étalée sur un buffet. Des geais morts gisent de chaque côté du héron. Au fond, un fusil de chasse, appuyé à une commode dont on distingue la serrure de cuivre, et une gibecière, vidée des produits de la chasse. Le sujet est simple et la composition d’une grande sobriété, ce qui fît écrire à Jean Claparède que cette œuvre « aussi élégante qu’un Oudry - avec moins d’artifice dans l’arrangement - est extrêmement raffinée de couleur, construite dans les gris avec quelques bleus précieux; elle offre cette économie de moyens si fréquente chez les plus beaux peintres français » [Claparède, Réforme, 24 juin 1950].

Comme dans La Macreuse et même la Nature morte aux poissons, Bazille réussit en effet son tableau en restant dans des tons discrets. Ici, il utilise un ensemble de couleurs qui se complètent : des gris, des noirs, des bleus et des ocres. On peut dire que dans la Nature morte au héron, Bazille donne ce qu’il a de meilleur.

Cette dernière est en fait très différente de La Macreuse et des Deux Harengs; elle se rapproche plus de la Nature morte aux poissons par la vision globale qu'il possède de son sujet, cette vision étant traduite par l’harmonie des couleurs. C’est Poulain qui décrit le mieux le raffinement dont fait preuve ici Bazille : « Là encore, le gris régit sa palette, s’éclaircit en duvet sur le ventre, pour emprunter des reflets d’acier sur les ailes de l’oiseau, dont la mort n’a pas enrayé l’ampleur d’envolée, où il caresse toutes les plumes, répartissant une harmonie sourde, une mélancolie suave » [Poulain, 1932, pp. 102-103]. Poulain remarque à juste titre le plumage gris et soyeux du héron qui lui donne toute sa volupté. D'autres valeurs chromatiques n'auraient sans doute pas rendu les mêmes effets.

Héron aux ailes déployées, Alfred Sisley, musée Fabre, Montpellier
Héron aux ailes déployées, Alfred Sisley, musée Fabre, Montpellier
Bazille inspira Sisley qui fit lui aussi un Héron aux ailes déployées. Bazille est en pantoufles dans le tableau de Renoir. C'est donc lui qui accueille Sisley venu peindre le Héron à ses côtés, et non l’inverse. Les deux tableaux ont le même sujet, la même position sobre d’une pièce de gibier posée sur une table soulignée par des gris, fins et délicats. Monet avait, lui aussi, pris ce thème dans son tableau Trophée de chasse(1864). Faut-il voir dans cette nature morte de Bazille une « économie de moyens » ? Sisley et Bazille peignirent certainement côte à côte le même sujet.

La Nature morte au héron de Bazille suscita l’intérêt et la curiosité de Renoir. Ce dernier prit sans doute ce prétexte pour faire son célèbre Portrait de Bazille qu’on voit en train de peindre son Héron dont les couleurs noires, blanches et ocres rappellent celles de son tableau en cours d’exécution.

Gaston Bazille apprécia la Nature morte au héron lorsqu’il le découvrit dans l’atelier de son fils. Il écrivit à sa femme : « J’ai examiné ses toiles anciennes et nouvelles. A force d’insistance, je lui en ai arraché une de vive force, ou du moins il m’a sérieusement promis de me l’envoyer demain pour que je puisse l’emporter avec moi vendredi soir. Ce sont des oiseaux, un héron suspendu à un clou par la patte et des geais sur le dessus d’un buffet ». Bazille réagit à son tour le 1er janvier 1869 : « Papa a voulu à toute force emporter une nature morte de moi, ce qui m’a été fort désagréable. Je souhaite fort que tu ne l’accroches pas dans un lieu où les étrangers puissent la voir ».

La Nature morte au héron prit donc la direction de Montpellier et fut donné par Mme Gaston Bazille au musée Fabre en 1898. Comme le souligne l'article du catalogue de l'exposition 2016-2017, «  Ce tableau fait partie des premières œuvres de l'artiste qui entrent dans le patrimoine public montpelliérain » [p. 99].

Ce tableau est en fait une célébration de la chasse dont étaient passionnés  Bazille et son père. Le gibier mort mais aussi le fusil au second plan posé contre un coffre en bois sont les symboles de ce « passe-temps favori » des Bazille. Les lettres de Frédéric y font d'ailleurs allusion à plusieurs reprises. Mais si la chasse est un passe-temps, elle est aussi la marque d'un certain statut social et il n'est pas étonnant de voir s'y adonner la famille Bazille.

Par son caractère exceptionnel, parce que le sujet à été repris par de célèbres artistes de l'époque, le tableau de Bazille a fait partie de nombreuses expositions qui l'ont porté au pinacle de la peinture impressionniste.