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Frédéric Bazille
1841-1870

Le catalogue raisonné numérique

par Michel Schulman
© Tous droits réservés

Pots de fleurs

1866
Huile sur toile
100,3 x 80,7 cm - 39 1/2 x 31 3/4 in.
Signé et daté en bas à gauche : F. Bazille 66
Collection particulière
Dernière mise à jour : 09-03-2022
Référence : MSb-24

Historique

Peint pour la famille Lejosne, Paris - Famille Lejosne, Pau, circa 1932 - F. Shöni, Zurich, circa 1952 - Collection John Hay Whitney, New York, 1960 - Betsey Withney Cushing, 1982 - Greentree Foundation, New York,  1998 - Vente Sotheby's, New York, 5 mai 2004, n° 17 - Collection particulière. 

Expositions

Paris, Palais de l’Industrie, 1868, Salon de 1868, n° 147 [Sous le titre : Étude de fleurs] - Paris, galerie Wildenstein, 1950, n° 21 - Londres, Tate Gallery, 1960-1961, The John Hay Whitney Collection, n° 2, repr. p. 12 - Washington, National Gallery, 1983, The John Hay Whitney Collection, n° 1, repr. p. 16 - Paris, New York, 1994-1995, Impressionnisme. Les Origines, pl. 221, repr. p. 176, cat. 4, p. 330 - Montpellier, Paris, Washington, 2016-2017, cat. 31, repr. p. 235 et p. 91 [Les références sont du catalogue en français].

Bibliographie

Ixe, Journal de Montpellier, 23 mai 1868 - Poulain, Bazille et ses amis, 1932,  n° 13, pp. 60, 213 - Sarraute, Catalogue de l'œuvre de Frédéric Bazille, 1948, n° 19, p. 42  [Thèse de l'Ecole du Louvre non publiée] - Wildenstein, Arts, 9 juin 1950 - Daulte, Bazille et son temps, 1952, n° 18, p. 173 (repr.) [Thèse sous la direction de Gaston Poulain] - Rewald, Histoire de l'Impressionnisme, 1961, repr. p. 113 [Réédition de 1946] - H. L. F., London’s Public Glimpse at the Private J. H. Whitney Collection, Art News, vol. 59, n° 9, janvier 1961 (repr.) - Rewald, Histoire de l'impressionnisme, 1976, repr. p. 151, pl. 75 [Réédition de 1946] - Daulte, L’Œil, avril 1978, repr. p. 38 - Bumpus, Impressionist Gardens, 1990, n° 33 - Daulte, Frédéric Bazille Catalogue raisonné de l'œuvre peint, 1992, p. 45 (repr. coul.) et p. 161, n° 20 (repr.) [Réédition de 1952 avec photos en couleur] - Bajou, Frédéric Bazille, 1993, p. 119 (repr.) - Schulman, Frédéric Bazille : Catalogue raisonné, 1995, n° 24, repr. p. 143 - Schulman, Fédéric Bazille : Catalogue raisonné - Supplément 1, 2006, repr. p. 30 - Hilaire, Jones, Perrin, Cat. exp. Montpellier, Paris, Washington, 2016-2017, cat. 31, repr. p. 235 et p. 91 [Les références sont du catalogue en français] - Schulman, Frédéric Bazille : Catalogue raisonné numérique, 2022, n° 24.

Bazille envoya les Pots de fleurs au Salon de 1868 en même temps que La Réunion de famille. Vers la mi-mars, avant de connaître la double décision du jury, il écrivait à sa mère : « Il faut s’attendre à ce que le tableau de Méric soit refusé, tu sais que j’en ai envoyé un autre pour faire plaisir aux Lejosne à qui je l’ai donné. Ce sont des fleurs, je pense qu’elles seront reçues ». En fait, les deux toiles furent acceptées.

On a généralement cru que, mécontent du portrait de Maître qu’il destinait au Salon de 1867, Bazille lui avait finalement substitué les Pots de fleurs et que ceux-ci avaient alors été refusés par le jury en même temps que La Terrasse de Méric. Mais cette opinion est formellement contredite par une liste de ses propres œuvres établie par Bazille et recopiée après sa mort, sans doute par son père. Nous en extrayons ce qui suit : « Portrait de Maître refusé au Salon de 1867 / la terrasse de Méric refusée idem / pots de fleurs donnés à Mme Lejosne (Salon 68) / [...] portrait de famille (Salon 68) ». Les choses sont donc claires : les tableaux que refusa le jury en 1867 sont La Terrasse de Méric et le Portrait d'Edmond Maître; ceux qu’il accepta en 1868 sont La Réunion de famille et les Pots de fleurs ».

Il est évident que le nom fort imprécis d'Étude de fleurs sous lequel était exposée cette dernière a de nos jours égaré ceux qui ont tenté de l’identifier. Ainsi a-t-on pu croire qu’il s’agissait du Vase de fleurs sur une console daté justement de 1868. Mais si la liste que nous venons de citer avait besoin d’une confirmation, on la trouverait dans la seule description que nous aient laissée de l'Étude de fleurs les critiques qui visitèrent le Salon cette année-là. Elle se trouve dans un article signé « J. Ixe », qui parut dans le Journal de Montpellier le 23 mai 1868. Elle indique bien qu’on voit dans le tableau de Bazille des plantes en pots et, parmi elles, énumère des hortensias, des azalées et diverses variétés de géraniums, ce qui ne s’applique en rien au Vase de fleurs sur une console mais convient en revanche parfaitement aux Pots de fleurs.

On découvre en effet sur cette toile un hortensia rose, trois variétés différentes de géraniums ou pélargoniums, ainsi qu’une azalée à droite, dont les fleurs sont assez voisines de celles d’un rhododendron. Le tableau nous montre aussi des roses, d’autres fleurs non identifiables et, devant ses sept pots, un bouquet de fleurs coupées, enveloppées dans une feuille de papier, qui pourraient être des pivoines.

Arums et pots de fleurs, Auguste Renoir, 1864, Hamburger Kunsthalle, Hambourg
Arums et pots de fleurs, Auguste Renoir, 1864, Hamburger Kunsthalle, Hambourg
Bazille exécuta sans doute ces Pots de fleurs dans la serre de Méric. On sait par d’autres tableaux, La Terrasse de Méric, Les Lauriers-roses par exemple, que la propriété de Méric était abondamment fleurie, lui offrant à chaque pas des sujets susceptibles de le tenter. Monet, d’ailleurs, ne l’invitait-il pas déjà dans sa lettre du 26 août 1864 à peindre des fleurs ? « J’ai tellement à travailler mes études de dehors que je n’ose pas me mettre à faire des fleurs, et pourtant je voudrais peindre ces belles marguerites. Faites-en donc car c’est, je crois, une excellente chose à peindre ». Il se peut aussi que l’exemple de ses camarades ait incité Bazille à peindre ces fleurs : en 1864, Renoir avait exécuté son Arum et plantes de serre et Monet sa Nature morte.

Daté de 1866, ce tableau est, semble-il, le seul que Bazille ait fait à Méric pendant l’été de cette année-là.

La disposition des fleurs est simple. Il n’y a pas de recherche particulière, ce qui fera dire à Rewald que Bazille a « manqué d’inspiration », mais que ce manque est heureusement compensé par des « contrastes » et une grande « solidité ». « Le jeune artiste, ajoute-il, surmonte sa maladresse et sa timidité par un effort humble et constant pour pénétrer les mystères de la nature » [Rewald, Frédéric Bazille's Potted Plants, The John Hay Whitney Collection, National Gallery of Art, Washington, 1983, n° 1]. Ces mystères résident dans des couleurs rendues ici à leur juste valeur. Justesse des tons entre les roses, les mauves, les bleus, les blancs, harmonie des couleurs que relève Poulain : « Cette petite toile marque une interruption dans le flux des gris; et des couleurs vives éclosent en elle, rafraîchissant en quelque sorte la succession des toiles mates qui sortent de son atelier de Paris » [Poulain, 1932, pp. 60-61]. Il est vrai que, depuis le séjour à Chailly, les couleurs chatoyantes avaient disparu de la palette de Bazille : L'Ambulance improvisée, la Nature morte aux poissons et l'Atelier de la rue de Furstenberg, sont tous peints dans des gammes sobres.

Les Pots de fleurs, eux, resplendissent et annoncent les futures compositions florales ainsi que les deux tableaux intitulés Jeune Femme aux pivoines par exemple, tableau que Manet n’aurait pas reniés.